Une page majeure de l’histoire de la culture urbaine s’est tournée ce dimanche 4 janvier. Le monde de la musique a appris avec une immense tristesse la disparition de Calbo, figure emblématique du duo Ärsenik, à l’âge de 52 ans. L’artiste, qui luttait depuis plusieurs années contre une longue maladie, s’est éteint dans un établissement hospitalier, entouré des siens.
Dans un communiqué empreint de dignité, sa famille a appelé au respect de son intimité, rappelant que derrière l’icône du “95”, se trouvait avant tout un père et un proche irremplaçable. Depuis l’annonce de son décès, une vague d’émotion sans précédent déferle sur les réseaux sociaux. De Kery James à Stomy Bugsy, en passant par la nouvelle génération comme Bigflo & Oli, tous saluent la mémoire d’un “grand frère” dont la voix et la plume ont marqué au fer rouge le paysage musical des années 90 et 2000.
L’architecte d’un rap sans concession
Né Calbony M’Bani, l’artiste originaire de Villiers-le-Bel a révolutionné le genre aux côtés de son frère Lino. Ensemble, ils ont imposé un style unique : un flow ciselé, des textes d’une exigence rare et une esthétique qui a durablement influencé la mode urbaine, notamment en popularisant la marque au crocodile dans les quartiers populaires.
Leur premier opus, Quelques gouttes suffisent… (1998), reste à ce jour l’un des piliers fondateurs du rap hexagonal. Avec des classiques comme “Boxe avec les mots”, le groupe a prouvé que le rap pouvait être à la fois une prouesse technique et un miroir social percutant. Calbo n’était pas seulement un interprète ; il était un pilier des collectifs Secteur Ä et Bisso Na Bisso, participant activement à l’âge d’or du mouvement.
Un engagement au-delà de la scène
Au-delà des studios d’enregistrement, Calbo était reconnu pour sa générosité et sa volonté de transmettre. Très impliqué dans la vie citoyenne, il animait régulièrement des ateliers d’écriture, aidant les jeunes générations à poser leurs maux sur le papier. En 2021, il avait publié son autobiographie, offrant un regard lucide et passionné sur l’évolution d’un art qu’il a contribué à porter au sommet.
Alors qu’une grande réunion sur scène était prévue pour le printemps prochain, le destin en a décidé autrement. Calbo laisse derrière lui une œuvre monumentale qui continuera d’inspirer les poètes de rue. Comme l’a résumé son ami Mokobé : il a “giflé le rap français”, et son écho ne s’éteindra jamais.
